Zawadzki Véronique Messages postés : 89 |
Posté le 17/07/2006 18:09:53 | | La question semble certes révolue, il y a bien consensus.
La littérature de jeunesse a acquis ses lettres de noblesse par sa capacité à traiter tous les thèmes y compris ceux qui abordent des problèmes éthiques et politiques. Ainsi, est considérée comme adulte une littérature de jeunesse débordant le cadre strictement limité des préoccupations enfantines pour mettre à la portée de l'enfant les grandes questions jusque là réservées à la littérature pour adultes. Est mineure, donc pour nous dépassée, cette littérature enfantine n'ayant pour seule ambition que d'être purement récréative c'est-à-dire gratuitement divertissante.
Faut-il pourtant en rester à ce consensus ? Une littérature de jeunesse est-elle adulte seulement et simplement quand elle prend en charge des thèmes adultes ?
Nous ne le pensons pas.
S'il est bien certain - et cela doit désormais être considéré comme un acquis - que la prise en compte de sujets adultes est la condition nécessaire de l'accession à la majorité de la littérature de jeunesse cela n'en est pas pour autant une condition suffisante. Car c'est d'abord en tant que littératureque la littérature de jeunesse a à faire ses preuves. Il ne suffit pas en effet de traiter de certains thèmes pour pouvoir mériter le titre de littérature : encore faut-il s'en donner les moyens littéraires.
C'est ce que démontrent de façon exemplaire certains auteurs d'albums de jeunesse.
Pour n'en citer que deux exemples :
- sur la résistance, L'agneau qui ne voulait pas être un mouton de Jean et Zad : il ne s'agit pas de nous présenter la résistance vue par les yeux d'un enfant en situation maisun troupeau de moutons qui se révolte contre la tyrannie d'un loup ;
- sur le langage et la communicabilité ,Silence de Duval et Soutif : il ne s'agit pas d'aborder explicitement la difficulté de communiquer et ses conséquences mais
de montrer comment la cacophonie d'une basse-cour permet de façon surprenante, à partir des paroles banales du canard " je vais rentrer, il se fait tard",d'aboutir à la peur du renard.
Dans ces deux albums, les auteurs parviennent à éviter tout infantilisme minorant en ne cherchant pas à adapter à l'enfant un discours d'adulte par une démarche qui parce qu'elle est régressive doit être qualifiée de mineure et à ce titre condamnée. Le parti pris en effet est dans ce cas de dégrader une approche adulte au profit d'un enfant incapable et donc par là sous tutelle. Tout au contraire, nos auteurs par les moyens propres à l'album et à ses codes narratifs originaux ( rapport image/texte, travail de l'allégorie, etc)arrivent à élaborer un langage propre à exprimer par lui-même et de lui-même toute la richesse et la compléxité des problématiques abordées.
De telles réussites nous montrent ce que doit être une littérature de jeunesse adulte : celle qui de façon autonome par ses propres ressources, en utilisant ses propres codes est capable de parler gravement à l'enfant sans le truchement de l'adulte. L'enfant n'est plus dés lors infantilisé mais considéré comme un véritable lecteur faisant oeuvre commune avec l'auteur par la mobilisation de ses propres moyens de compréhension.
Le livre, en particulier l'album, n'est plus un sous-produit littéraire pour rayon de jeunesse mais acquiert un véritable statut d'oeuvre à part entière.
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