Zawadzki Véronique Messages postés : 94 |
Posté le 27/04/2005 11:10:01 | | Le principe de cette nouvelle collection est de proposer aux enfants entre neuf et treize ans une découverte des classiques à travers la vision de deux frères jumeaux orphelins et particulièrement laids surnommés "les méganazes". L'un est un irréductible non-lecteur, l'autre un passionné de littérature qui y puise des solutions à ses problèmes.
Le premier volume se veut une introduction à l'oeuvre d'Edmond Rostand : nouveau Cyrano, Ludo va, après la lecture de
Cyrano Bergerac, transposer l'imposture amoureuse à sa propre situation pour séduire Lola.
L'idée est séduisante. Le but de Jardin est que "les enfants puissent mettre en balance avec Spiderman ces personnages de la littérature qui sont aussi des superhéros" (Lire, avril
2005). Familiariser les enfants aux héros littéraires, valoriser la lecture des classiques, démontrer combien les situations mises en scène sont atemporellles et posent des problèmes essentiels liés à l'existence humaine : tous ces arguments sont louables et font l'unanimité.
Malheureusement,derrière ces beaux principes, Alexandre Jardin présente un texte naïvement manichéén dans lequel les non-lecteurs sont toujours malades, toujours déprimés au contraire des lecteurs "qui n'ont jamais la grippe" et qui trouvent des solutions à leurs problèmes. De plus, les non-lecteurs, nous précise l'auteur, sont "des faibles" qu'il fait soutenir parce que "ces handicapés" sont " des minus sans force" !
Le style mêlant mots grossiers et expressions argotiques n'est sans doute pas fait pour amener le jeune lecteur à se tourner vers une langue plus recherchée. A moins, bien entendu, que l'emploi de vulgarités soit un moyen d'appâter le gamin de neuf ans supposé retrouver ainsi quelque chose de connu...
Notons également la présence de détails qui, par leur nombre, finissent par susciter quelques questions :
- la présentation comme un "malchance" pour les jumeaux d'avoir eu des parents qui parce qu'ils s'aimaient véritablement ont donc été tués ensemble dans un accident de voiture,
- le nom de l'institutrice des héros : madame Garce, au contraire du nom du bibliothécaire : monsieur Désir,
- le caractère désagréable de la mère de la famille d'accueil, renforcé par celui de la grand-mère, où vivent les orphelins,
- les idées sexistes sur les filles et notamment Lola, l'amoureuse.
A travers cette accumulation, une image de la femme et du sentiment amoureux se dessine qui est en contradiction avec la démarche de ce livre. Car Cyrano de Bergerac ne peut se réduire à la seule idée de l'imposture amoureuse ! Des idées nobles sur l'amour, la femme et la fidélité y sont dévéloppées... Or dans Les Méganazes seule l'idée de la tromperie est retenue, aucun personnage n'évolue, aucune représentation positive de la femme n'intervient au cours du déroulement de l'histoire, et ce que tire Lola comme leçon de son aventure n'est même pas supposé. le second degré ne saurait tout excuser !
La collection Les méganazes ( l'auteur nous promet quatre titres par an ! ) aurait pu être un magnifique moyen d'amener les lecteurs vers les oeuvres classiques. Mais le style, ce qui est retenu de l'oeuvre évoquée, l'histoire elle-même, avec ces personnages caricaturaux, ne sont pas à la hauteur de l'entreprise.
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